Un roman réussi.
....Commencer avec une telle entame n'est peut-être pas le meilleur début.
Certes.
Laissez-moi néanmoins, étayer mon propos. Non sans vous avoir averti que la présente contient des révélations qui peuvent le cas échéant gâcher la lecture de l'ouvrage. Vous voilà averti.
....Ce roman, qui prend comme contexte le monde des super-héros s'inscrit dans la veine dite
réaliste, oui je sais associer réalisme et super-héros a valeur d'oxymoron, disons qu'il prend le parti d'explorer et d'utiliser certains aspects qui ont été longtemps négligés par les scénaristes du genre et ce jusqu’au début des années 80.
....Titan est un super-héros qui travaille pour la police de New York, il a une famille et des enfants. Sa vie sera un des deux fils conducteur du roman. Le second, c’est l’enquête qu’il devra mener pour découvrir qui a décidé de tuer des masques.
L’amateur du genre aura le plaisir de découvrir quelques personnages qui peuplent nos illustrés mêlés à des créations du romancier. Et là , je dois dire que j’ai été agréablement surpris, manifestement
Gerald Bronner connaît la bande dessinée de super-héros, pas d’erreur sur les personnages et leur psychologie.
Néanmoins, les personnages qu’il utilise pour son intrigue sont de sa création, même si au travers d’eux on reconnaît quelques modèles. Ce parti pris dicté, certes par des contingences de droits lui permet surtout d’entretenir le suspens quant au devenir des personnages qu’il anime.
....Autant j’ai beaucoup de mal avec l’âge sombre et les héros névrosés quand cela s’applique à des personnages que j’ai connu dans de meilleurs dispositions, ainsi qu’avec une certaine généralisation tournant à l’obsession chez certains scénariste autant, sur des personnages nouveaux et dans un contexte limité je suis preneur.
....Je dois dire qu’avec ce roman c’est assez sombre, heureusement l’auteur ponctue de respirations humoristique sont récit.
Il insère également des articles de journaux, des extraits d’essais sur les super-héros dans le style ampoulé qu’ont certains traités scientifiques, d’émissions de télé. Cela apporte au récit proprement dit à la fois un environnement, on perçoit mieux les sentiments de l’homme de la rue face au phénomènes super-héroïque (dans le contexte du roman) et par ce biais l’auteur s’essaie à donner des réponses à certaines questions qui hantent les amateurs du genre : d’où viennent les super-pouvoirs, pourquoi aux débuts des années 80 le monde est-il devenu si sombre ? Le rapprochement avec une certaine série télé est assez jubilatoire et assez intrigante.
Pour tout dire je me suis cru au cœur d’un article de
Nikolavitch au meilleur de sa forme.
....L’enquête que mène Titan, n’est en aucun cas un prétexte mais une intrigue à part entière. Son cheminement réserve un lot de surprises, elle est à la fois un véhicule idéal pour en apprendre plus sur les personnages – Gérald Bronner utilise toute une écurie de personnages – et le monde dans lequel ils évoluent – plusieurs faits réels prennent place dans le roman avec je dois dire subtilité – et une intrigue en béton avec pas mal de chausse-trappes quand à l’identité du tueur et de ses motivations.
Je dois confesser qu’à un certain moment la noirceur du roman m’a fait craindre le pire. Heureusement Gérald Bronner a eu le bon goût de ne pas noircir le tableau plus que nécessaire et les origines du tueur sont à la fois surprenantes, belles et sordides.
....Point de super-héros sans faiblesse.
Ce roman n’échappe pas à la règle de ceux qu’il a pris comme personnages, tout d’abord la couverture n’est pas loin s’en faut, très attrayante. Il eut peut-être été de meilleur goût d’illustrer les desseins de l’auteurs par un dessin de super-héros ?
Pourtant le choix des couleurs est plutôt judicieux, du bleu sur la couverture, du jaune sur la tranche et du rouge en quatrième de couv’.
En parlant de couleur, on trouve inséré dans le roman une publicité en N&B, en niveaux de gris pour être plus précis, celle-ci aurait gagné en force avec des couleurs.
La seconde faiblesse tient aux coquilles un peu trop nombreuses, en fait pas vraiment des coquilles mais des lettres qui se chevauchent.
Et il me semble qu’il manque la fin d’une phrase pages 160 et161, rien d’alarmant mais quelque peu gênant, pas pour l’intrigue rassurez-vous.
....Un très bon roman qui, je pense ne décevra pas les amateurs éclairés du genre et réservera son lot de surprises sans négliger pour ceux que cela intéresse, de poser des questions et donner des pistes sur le genre lui-même.
Bonne lecture.
Entretien avec Gérald Bronner.