Ce deuxième volume est un splendide rattrapage de la plantade scénaristique du premier.
Déplacer les personnages sur Mars est une bonne idée, qui marque la rupture. Dès la première page, la voix off, nettement plus souple et naturelle que dans le premier tome, laisse entendre la voix d'un personnage crédible, et pose en quelques cases et quelques récitatifs le pan d'univers qui nous est offert à l'exploration. C'est efficace, ça rentre bien dans l'action, et la première séquence permet également de poser les problématiques de la série : l'addiction aux HUSK, les univers virtuels, la dilution de la personnalité. Bref, ça démarre en trombe, et très vite, ça embraye sur l'enquête, mais également sur la découverte (et l'exploitation) d'idées SF qui, pour classiques (terraformation, colonies…), n'en sont pas moins brillamment mises en valeur.
Question dialogues et lettrage (deux de mes fixettes, vous le savez…), là aussi, c'est plusieurs crans au-dessus : les voix sont bien senties, notamment celle d'Oswald, qui bénéficie d'un traitement de lettrage particulièrement astucieux. Il manque parfois quelques virgules pour mieux rythmer les dialogues et marquer les pauses dans le débit, les couleurs des récitatifs auraient pu être plus affinées, et Louis semble réticent à utliser les guillemets, mais dans l'ensemble, c'est bien dialogué, bien lettré, facile à suivre…
Le choix, enfin, d'orienter le récit vers l'action et le film catastrophe (avec des ellipses purement BD qui rendent spectaculaires les scènes de destruction), permet de sortir le récit des considérations philosophiques de bazar dans lesquelles ils trempouillait précédemment. La fin du récit, qui renoue avec ces interrogations fondamentales sur la conscience, la vie, la communication, permet bien plus légèrement de poser des questions et d'interroger le lecteur. Et c'est d'autant plus léger que ce sont les personnages qui verbalisent ces questionnements, en quelques bulles courtes, pas en d'interminables récitatifs qui se contentaient, dans le premier tome, de dérouler des clichés enrobés de mots compliqués.
Bref, légèreté, action, rythme, personnages crédibles, voilà une très belle reprise, qui conclut un diptyque dont la fin est un véritable essai transformé !
Jim