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Voir la version complËte : DENNIS LEHANE, les Romans


Frédéric
03/11/2005, 02h54
4 DE COUV'
MYSTIC RIVER de Dennis Lehane

http://images-eu.amazon.com/images/P/2743612819.08.LZZZZZZZ.jpg

4ème de Couverture
Ce jour de 1975, quand éclate une bagarre en pleine rue entre Sean Devine (le plus raisonnable), Jimmy Marcus (la tête brûlée) et Dave Boyle (le plus timoré), les trois garçons sont loin de se douter que leur destin va basculer de façon irrémédiable. Une voiture s’arrête, deux hommes qui se prétendent de la police font monter Dave avec eux sous prétexte de le ramener chez lui. Dave ne reparaîtra que quatre jours plus tard. On ne saura jamais ce qui s’est passé pendant ces quatre jours. Mais les trois garçons cesseront de se fréquenter.

Vingt-cinq ans plus tard, ils sont mariés et pères de famille. Sean est un policier brillant mais miné par ses problèmes conjugaux, Jimmy, un ex-chef de gang s’est rangé en achetant un magasin d’alimentation ; quant à Dave, il a brièvement connu la gloire en devenant une star du base-ball, mais aujourd’hui, il part lentement à la dérive. C’est un événement tragique, comme un écho au kidnapping de Dave, qui va les mettre de nouveau en présence : l’assassinat brutal de Katie, la fille aînée de Jimmy, âgée de dix-neuf ans.

A mesure que Dean mène l’enquête, ce sont autant de voiles qui se lèvent sur des vérités aussi troubles que les eaux de la Mystic River, dont les profondeurs recèlent bien des secrets inavouables. Pris dans l’engrenage infernal de la souffrance, du remords et du désir de vengeance, les trois anciens amis n’auront plus d’autre choix que de s’affronter en un combat dont aucun ne peut sortir indemne.

J'ai adoré, c'est l'une de mes meilleures découvertes littéraire depuis un bail.
Je suis très très enthousiaste quand j'ai la chance de miser sur un livre dont je ne connais pas l'auteur et d'être aussi bien récompensé à la fin.

C'est captivant, ça fait froid dans le dos et c'est tellement proche de nous.
Le style de Lehane n'est jamais rébarbatif, c'est bien rythmé et le traitement des personnages est superbement efficace.
Il ne tombe pas dans le piège de créer une histoire désuète, banale ou déjà racontée. Il a su crée des héros et des situations ordinaires, auxquels chacun de nous peux se retrouver confronté.

Ça parle de nous, de la vie, de la mort, de secrets bien gardés, de ce qui nous ronge et de ce qui nous fait avancer.
C'est bouleversant et très réaliste, à l'image de ce que l'on voit tous les jours aux informations.

J'ai eu beaucoup de mal à chaque fois, à refermer le livre, tellement je souhaitais connaître la suite ...

J'ai tout au long de ma lecture imaginé Sean Penn (je savais qu'il jouait dedans) dans le rôle de Jim et j'ai eu l'agréable surprise d'appendre que c'était bien lui qui interprété ce rôle, dans l'adaptation réalisée par Clint Eastwood.
J'ai découvert depuis que Tim Robbins et Kevin Bacon, avec Sean Penn, formaient le trio principal, super bonne nouvelle.
Ils ont en commun dans le regard cette mélancolie, cette amertume, cette tristesse et cette détermination qui colle bien aux personnages du roman.

J'attends avec impatience de découvrir le film en dvd, avec la tonne de suppléments qui l'accompagne...
Je me visionne en ce moment même les différentes bandes annonces et teasers du film en guise d'apéritif !

J'ai eu l'occasion de suivre vos conseils avisés et de ne pas le regretter alors c'est pour moi le moment de vous rendre la pareil en vous invitant à lire ce chef d'oeuvre et en vous garantissant une lecture inoubliable.

Dennis Lehane avec Mystic River est pour moi un roman indispensable à posséder dans sa bibliothèque.

le Superbe Casting du Film
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Frédéric
04/11/2005, 23h58
Et vous, quel est votre "Lehane" favoris ? Vous avez vu le film de Clint Eastwood.

Jim Lainé
06/11/2005, 03h10
Ce qui est marrant, c'est le jeu de cache-cache entre toi et moi : j'ai lu des trucs que tu n'as pas lus, et inversement…

Ceci dit, c'est enrichissant…



Jim

Frédéric
06/11/2005, 03h12
Je vais bien trouver un livre que tu as déjà ouvert.
Bon là, je vais persister dans des petites découvertes, on verra bien !

Je vais préparer un truc sur John Sandford, John Darnton et Caleb Carr ...

Dr Funkenstein
14/11/2005, 12h58
Extrêmement bien vu, Fredo. Bon j'ai pas encore lu Mystic River, par contre j'ai absolument dévoré deux de ses romans, à savoir Un Dernier verre avant la Guerre et Gone, Baby, Gone et on y retrouve exactement l'ambiance que tu décris dans ton post. Je trouve assez difficile d'en parler en fait, sauf pour sortir des banalités du genre " bien écrit, bon style gnagnagna", mais ça rend pas du tout justice au talent de Lehane.
Enfin si comme moi vous aimez James Ellroy, George Pelecanos, James Crumley, Michael Guinzburg, Edward Bunker, voilà un auteur de la même "famille". Un très grand.

Dr Funkenstein
07/07/2006, 15h21
Et je viens de relire Gone baby Gone. Je commence à cerner le roman, ses intentions, ses idées, ce que Lehane défend, j'aime beaucoup l'idée d'un roman qui ne s'apprivoise pas totalement à la première lecture..Sans compter que Lehane est un extraordinaire narrateur, qui sait ménager coups de théâtre et rebondissements, un dialoguise imparable quand il s'agit de faire disserter ses personnages sur l'amour et la violence sans tomber dans la lourdeur et la tautologie (vous aussi apprenez un nouveau mot avec Manticore). Et ce que j'aime par dessus de tout : des personnages de papier qui prennent vie par magie, un duo de détectives idéalistes et désabusés, deux flics qui ont vu trop de violence et qui ne savent plus faire face, une mère de famille à côté de ses pompes, moralement anesthésiée qui fuit ses responsabilités, et Bubba Rogowski..ah, Bubba.http://www2.zonealta.net/%7Eedmondt/forum/images/smilies/biggrin.gif

Ce polar bouleverse, interroge, choque, déchire, indigne, mais vous pousse à aller jusqu'au bout, à traverser les mêmes épreuves que ses héros, à pleurer avec eux devant le cadavre mutilé d'un gosse, à s'indigner devant l'indifférence d' une mère de famille vis à vis de sa môme, à ne pas juger les choix moraux que font certains de ses personnages (les dix pages finales qui constituent les pages les plus belles et les plus cruelles de ce roman), et je pourrais m'étendre à l'infini sur ce chef d'oeuvre, et je pèse mes mots, en vous encourageant à le lire toutes affaires cessantes.

Jeanseb
28/11/2006, 13h28
Bon, je me range à l'avis de Fred et Fonky Doc.

Je viens de finir "Ténèbres prenez moi la main".

J'étais déjà trop pris (j'avgais pourtant pas lu 50 pages) pour m'arrêter quand j'ai appris que ce n'était qu'un des 5 romans (et pas le premier, chronologiquement) mettant en scène Patrick, Angie, Bubba, et consorts.
Un grand roman noir, comme dit plus haut, une écriture qui prend aux tripes, des personnages incroyablement vivants, tout en failles... vraiment fort. Du coup j'ai repoussé ma lecture du dernier Palaniuck (et du dernier Marek Halter dédicacé siouplait, et l'autre Marek Halter acheté pour le plaisir après l'avoir rencontré, et de deux ou trois autres polars qu'on m'a prêté aussi) pour enchainer sur Mystic River que je regrette dores et déjà d'avoir vu récemment en DVD.
Du coup j'ai forcément les images du film qui me vienne (je déteste ça, même si j'ai adoré le film), mais le style est toujours là, et ça s'annonce encore une fois comme un grand moment.

Dr Funkenstein
28/11/2006, 14h00
Des paroles douces à mes oreilles...Ténèbres... est, à mon avis, l'autre chef d'oeuvre de Lehane (avec Gone, baby, gone évidemment, dont il faudra surveiller l'adpatation cinéma de Mr Ben Affleck dès qu'elle sortira), plus cru, encore plus noir, mais avec cette habileté propre à Lehane d'éviter toute complaisance et toute escalade dans la cruauté et le malheur (c'est en cela que je le rapprocherais d'un auteur comme James Crumley, même si au final c'est sans doute le seul point commun de ces deux auteurs). Patrick Kenzie et Angela Gennaro, les deux héros de Lehane, font leur boulot de détective pour échapper à et lutter contre toute la crasse qui constitue leur quotidien, pensnat (parfois naïvement) pouvoir faire la différence et rétablir la balance, tout en étant rattrappés par une avalanche d'ctes inhumains face auquel la conscience de n'importe quel être humain tomberait en miettes. Et au final c'est l'espoir et leurs convictions (à la fois celle de Lehane et celles de ses personnages) qui les aident à garder la tête haute.

Excusez moi de résumer l'ouve de Lehane de façon aussi schématique et lourdingue, mais il est toujours difficile de rendre justice à un auteur qui refuse la facilité et qui traite les questions morales de façon aussi complexe. Et puis ca serait oublier que ses romans sont aussi des putains de polars qui scotchent, quand même.

Jeanseb
28/11/2006, 14h22
sans compter le développement de tout cet univers, le quartier irlandais de Boston (si j'ai bien compris) (où se passe le dernier Scorcese aussi il semblerait, maintenant que tout a été dit que les italo-américains...), les personnages secondaires, les barres, les bagnoles, queslques scènes de rêve (dans Ténèbres et Mystic aussi au début) complètement hallucinante, un rapport au corps et à la chair (il écrit souvent qu'on n'est que tissus palpitants, tas d'organes qui mettent la machine en branle, os qui cogne, cassent ou font mal), mille et une choses envoutantes, quoi.

artemus dada
28/11/2006, 14h36
Et vous, quel est votre "Lehane" favoris ?

J'ai été bluffé par Shutter Island, mais tous ses romans sans exception sont excellents, un vrai régal.

Posté par JeanSeb
[..]les personnages secondaires, les barres, les bagnoles, queslques scènes de rêve [..]

Tu veux dire comme dans "la barre des 4000" ? C'est Boston ou le 9-3 ? :D ;)

Jeanseb
28/11/2006, 14h39
merde, alors, qu'est ce qui m'a pris ?!?
les Bars, bien entendu !

Dr Funkenstein
28/11/2006, 14h52
J'ai été bluffé par Shutter Island, mais tous ses romans sans exception sont excellents, un vrai régal.
C'est marrant, c'est le seul de ses livres qui m'ait un peu déçu...Décontenancé serait plus le mot, pasque c'est un vrai changement de ton et d'univers de la part de Lehane, et j'avoue que Kenzie et Gennaro me manquent, et j'espère que tout n'a pas été dit à leur sujet...

Dr Funkenstein
28/11/2006, 14h58
sans compter le développement de tout cet univers, le quartier irlandais de Boston (si j'ai bien compris) (où se passe le dernier Scorcese aussi il semblerait, maintenant que tout a été dit que les italo-américains...), les personnages secondaires, les barres, les bagnoles, queslques scènes de rêve (dans Ténèbres et Mystic aussi au début) complètement hallucinante, un rapport au corps et à la chair (il écrit souvent qu'on n'est que tissus palpitants, tas d'organes qui mettent la machine en branle, os qui cogne, cassent ou font mal), mille et une choses envoutantes, quoi.Absolument, c'est cette accumulation de détails et de digressions qui donnent toute leur substance aux romans... J'avais pas noté ce rapport au corps mais c'est une autre composante assez évidente pourtant : La nette part de souffrance physique et morale imposée aux personnages les rend plus fort et plus déterminés...C'est très Nietzschéen, tout ça.

Jeanseb
28/11/2006, 15h42
Autre élément aussi qui m'accorche, détecté dans "Ténèbres", mais aussi, très vite dans "Mystic" (et retranscrit par Eastwood à merveille), c'est cette sorte de nostalgie pour le temps d'avant, le voyou à l'ancienne, rugueux et intransigeant, mais qui sait offrir son aile protectrice, ou règler un problème à coups de poings et pas à la hache.

Une forme de violence de la rue presque respectable, familière (surtout si comme moi vous avez été nourri des anecdotes de papa qui s'est beaucoup plus bagarré que vous dans sa jeunesse, mais qu'on règlait ça d'homme à homme, aux poings et que bien souvent après on se respectait et on devenait potes) par opposition à l'horreur qui se déverse "aujourd'hui" (pendant les romans, quoi).

Dr Funkenstein
28/11/2006, 16h02
En même temps, c'est un élément qui est vite contredit dans Ténèbres, à travers la révélation des agissements du père de Patrick et de ses amis de la milice locale qui passent à tabac et tuent deux gamins, certes des délinquants, mais quand même.
Et à l'opposé, on a un personnage comme Bubba, personnage contemporain fidèle come un toutou envers ses amis, mais capable de déclencher une guerre civile à lui tout seul. En voilà un qui résoud ses problèmes à coup de .44 ou d'uzi, mais qui serait incapable de lever la main sur ses amis et les amis de ses amis. Un condensé de la violence urbaine qui aurait conservé ce code d'honeur "à l'ancienne".

Jeanseb
28/11/2006, 16h26
En même temps, c'est un élément qui est vite contredit dans Ténèbres.
Et à l'opposé, on a un personnage comme Bubba, personnage contemporain (...)condensé de la violence urbaine qui aurait conservé ce code d'honeur "à l'ancienne".

Dans le récit, effectivement, c'est contradictoire avec ce que je disais, mais je voulais en fait dire (je me rattrape aux branches;) ) par exemple que pour l'auteur Booba est un personnage atachant et fiable parcequ'il fonctionne selon des codes à l'ancienne (même si il fonctionne aujourd'hui) alors que les éléments que tu cites en blanc ont beau se dérouler dans le passé, ça cloche sérieusement, parcequ'avant c'était bien parceque ses méthodes là n'étaient pas de mise) ( ce qui rend leur révélation encore plus choquante(dans le monde d'aujourd'hui, tout va vite, tout est dans la surenchère, c'est dégueulasse, mais ça va de paire avec notre monde. Mais il y a trente ans, on règlait pas nos problèmes comme des monstres.)

Je sais pas si mon idée est plus claire formulée comme ça.

artemus dada
28/11/2006, 17h07
merde, alors, qu'est ce qui m'a pris ?!?
les Bars, bien entendu !

Oh! je n'ai pas de leçons à te donner, encore récemment j'ai rédigé une chronique avec une faute sur un nom propre alors que je m'attache à faire particulièrement attention aux noms (c'est réussi :rolleyes: ) et j'ai récidivé dans un autre poste même faute. :D

C'est marrant, c'est le seul de ses livres qui m'ait un peu déçu...Décontenancé serait plus le mot, pasque c'est un vrai changement de ton et d'univers de la part de Lehane, et j'avoue que Kenzie et Gennaro me manquent, et j'espère que tout n'a pas été dit à leur sujet...

Effectivement très gros changement de ton (mais très "gros plaisir").

J'aime aussi beaucoup Kenzie et Gennaro et Bubba Rogowski.

Frédéric
30/12/2007, 23h33
Je viens de remettre mon nez dans ma pile de livres à lire (la fameuse pile qui aurait pu me tomber sur la gueule cette nuit, comme le disait Jim!) et j'ai trouvé les 3 poches qui sont en ma possession : un dernier verre avant la guerre, Ténèbres, prenez moi la main et Gone Baby gone. Il me manque donc Sacré (le 3ème opus) et Prières pour la pluie, le dernier.

Dr Funkenstein
30/12/2007, 23h35
Lis les, savoure les, digère les, et on t'attend pour un topo en bonne et due forme...

Dr Funkenstein
17/06/2008, 19h24
Cool:

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51oHR86puAL._SS500_.jpg



Set in Boston (of course) in 1919, it (the novel) concerns returning WWI soldiers, Spanish flu and apolice strike that had wide-ranging repercussions throughout the city. Lehane's novel focuses on a pair of officers in the midst of the turmoil


Sortie prévue aux Uhessa en Septembre prochain. J'ai hâte.:)


Columbia a d'ores et déjà réservé les droits du film en vue d'une adaptation proposée à Sam Raimi.

Frédéric
01/09/2008, 23h12
http://images-eu.amazon.com/images/P/2743607386.08.LZZZZZZZ.jpg
Un dernier verre avant la guerre
de Dennis Lehane
# Poche: 343 pages
# Editeur : Rivages (30 décembre 2000)
# Collection : Rivages Noir
# Langue : Français
# ISBN-10: 2743607386

Amis d'enfance, Patrick Kenzie et Angie Gennaro sont devenus détectives privés à Boston. Ils sont engagés par le politicien Mulkern pour retrouver Jenna Angeline, la femme de ménage noire du sénateur Paulson. À la veille du vote au Sénat d'une importante loi contre le terrorisme de rue, elle s'est enfuie avec des documents confidentiels. Rapidement, le duo de détectives découvre que ce ne sont pas des documents qui ont été volés, mais des photos accablantes pour le sénateur. Leur enquête, qui se déroule dans un climat d'extrême violence, déclenche une guerre entre les gangs de rue – constitués d'adolescents noirs – qui s'entretuent pour s'emparer du marché du crack.

Un dernier verre avant la guerre est sombre et plutôt douloureux pour ses "acteurs". Il a le goût de l’alcool et du sang. Il réveille les courbatures et les brûlures engendrées par les blessures. Heureusement que le sourire et la main d’Angie Gennaro viennent un peu réchauffer tout cela. Mais c’est bien ce qui fait le charme d’un roman noir. Une mise en avant de la noirceur par une faible présence de lumière. Comme une ombre qui se dessine devant des flammes.

« Il y a un bar au coin. Je vous paie un verre avant la guerre. »
Devin, le flic.

Le dernier verre avant la guerre, c’est la dose d’alcool que l’on absorbe en espérant qu’elle va endormir la peur qui nous vrille le ventre. C’est quand on fait tourner les glaçons dans le verre avec mélancolie en se disant que ça sera peut être le dernier. Le calme avant la tempête.

Denis Lehane fait aussi bien parler ses personnages qu’il les fait penser. La narration via les pensées de Patrick Kenzie réserve quelques passages assez savoureux. Ce personnage torturé par des les souvenirs traumatisants de son enfance nous fait partager sa vision du monde qui l’entoure. Peu réjouissante donc, mais noire et réaliste. Il décrit très bien la laideur que l’on cache en nous, celle que l’on emprisonne mais qui nous fait faire des choses insensées quand on à le malheur de la libérer.

« Une fois que cette laideur nous a été inoculée de force, elle devient partie intégrante de votre sang, elle le dilue, elle bat dans votre cœur et en ressort en salissant tout sur son passage. La laideur ne s’en va jamais, ne sort jamais, quoi que vous fassiez. Celui qui pense autrement est un naïf. Tout ce que vous pouvez espérer faire, c’est la contrôler, l’enfermer tout entière dans une petite boule, dans un petit coin, et l’y contenir, un poids constant.»

Cette pensée du héros irait très bien avec un autre personnage de Denis Lehane, Jimmy Markum, « héros » consumé par la mort de sa fille dans Mystic River, encore un chef d’œuvre de l’auteur. Du coup, une fois terminée ce dernier verre, on a qu’une envie, le remplir à nouveau et attaquer le chapitre suivant des aventures de ces deux personnages très attachants.

À suivre donc avec Ténèbres, prenez-moi la main.

Par contre, on pourra coller un petit carton à l'éditeur Rivages, pour des bêtises que l'on ne devrait pas trouver dans un poche à 9 euros pièce :

* Des tirets de dialogue au début des discours du narrateur, à de multiples reprises.
* Une majuscule oubliée à un prénom en début de phrase.

C'est léger pour le moment, ça arrive mais bon, quand on veut vendre un poche à ce prix là, on est en droit en tant que lecteur, d'avoir le top du top et là, ce n'est pas le cas ... Surtout quand il s'agit d'un lire qui a du être ré édité depuis ...

PIMboula
02/09/2008, 18h21
Il trône quelque part dans ma bibliothèque, au milieu d'un tas de bouquins à lire absolument. Ça ne devrait plus tarder après ce commentaire !

Frédéric
02/09/2008, 19h46
Ton avis m'intéresse, reviens le partager avec nous quand tu l'auras terminé. Et n'hésites pas à faire un tour dans la section, il y a certainement des livres que tu connais.

Dr Funkenstein
02/09/2008, 19h53
Je vois Un dernier verre ... comme un round d'échauffement qui lui permet de cerner et comprendre ses personnages, de poser son environnement (Boston chez Lehane, c'est un personnage à lui tout seul) pour mieux nous tataner la gueule avec le double crochet du droit constitué par Ténèbres, prenez moi la main et Gone, Baby, Gone qui représentent à mon sens l'aboutissement de l'oeuvre de Lehane (sans oublier l'intermède Sacré, qui ne m'pas assez marqué pour que j'en parle posément).
Je répèterais jamais à quel point ces bouquins m'ont marqué, et comme le souligne Fredo, c'est principalement grâce à ces personnages qui ont une voix unique, Patrick Mc Kenzie le premier, par sa qualité de narrateur. Pour moi, un bouquin ne fonctionne que si on croit aux personnages, et c'est la grande force de l'oeuvre de Lehane.

bigguyeddy
03/09/2008, 21h10
Moi, ce que j'adore dans "Sacré", c'est comment Patrick se sort de la situation dans laquelle l'avait plongé les dirigeants de la secte, Booba style!

Frédéric
02/01/2009, 20h28
http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782743619367.jpg
Un pays à l'aube | Dennis Lehane
Genre : Policier
Collection : Rivages/Thriller
Traduit de l' Anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet
Grand format | 768 pages. | Paru le : 14-01-2009 | Prix : 23.00 �
GENCOD : 9782743619367 | I.S.B.N. : 2-7436-1936-8
Editions : Rivages
L'Amérique se remet difficilement des soubresauts de la Première Guerre mondiale. De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois souvent occupés par des Noirs en leur absence. L'économie est ébranlée, le pays s'est endetté et l'inflation fait des ravages. La vie devient de plus en plus difficile pour les classes pauvres, en particulier dans les villes. C'est sur ce terreau que fleurissent les luttes syndicales, que prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, et aussi les premiers mouvements de défense de la cause noire.

En 1918, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l'Ohio, est amené par un étonnant concours de circonstances à disputer une partie de base-ball face à Babe Ruth, étoile montante de ce sport. Une expérience amère qu'il n'oubliera jamais.

Au même moment, l'agent Danny Coughlin, issu d'une famille irlandaise et fils aîné d'un légendaire capitaine de la police de Boston, pratique la boxe avec talent. Il est également chargé d'une mission spéciale par son parrain, le retors lieutenant McKenna, qui l'infiltre dans les milieux syndicaux et anarchistes pour repérer les "fauteurs de troubles" puis les expulser du territoire américain.

A priori Luther et Danny n'ont rien en commun. Le destin va pourtant les réunir à Boston en 1919, l'année de tous les dangers. Tandis que Luther fuit son passé, Danny cherche désespérément le sens de sa vie présente, en rupture avec le clan familial. Dans uen ville marquée par une série de traumatismes, une ville où gronde la révolte, la grève des forces de police va mettre le feu aux poudres...

Après la série Kenzie-Gennaro, Mystic River et Shutter Island, Dennis Lehane s'attaque au défi de raconter la naissance de l'Amérique moderne sous la forme d'une flamboyante épopée. Noir et social, lyrique et intimiste, Un pays à l'aube démontre que Lehane est l'une des voix majeures du roman américain contemporain.

Dr Funkenstein
02/01/2009, 20h36
Ok, j'achète. Super nouvelle.

Frédéric
02/01/2009, 20h41
J'ai terminé en début de semaine la lecture de Shutter Island, je reviendrai en parler quand ma chronique sera prête !

artemus dada
02/01/2009, 21h21
....

Un pays à l'aube - Dennis Lehane

Comme le Doc

...

Frédéric
04/02/2009, 21h08
http://images-eu.amazon.com/images/P/2743614811.08.LZZZZZZZ.jpg
Présentation de l'éditeur
Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments d’allure austère. On dirait une forteresse. C’est un hôpital psychiatrique. Mais les pensionnaires d’Ashecliffe Hospital ne sont pas des patients ordinaires. Ils souffrent de graves troubles mentaux et ont tous commis des meurtres particulièrement horribles. D’où la présence de gardes armés sur l’île.
Lorsque le ferry assurant la liaison entre Shutter Island et le continent aborde ce jour-là, deux hommes en descendent : le marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule. Ils sont venus à la demande du directeur de la prison-hôpital et du médecin chef, le docteur Cawley, car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel.

Maintenant, un choix s'offre à vous. La Fin des Mystères, Scarlett Thomas.

Shutter Island, c’est un cauchemar où rêve et réalité co-existent. Où l’amour caresse et brûle. Comme Teddy, dès les premières pages, on sent que cette île dégage quelque chose. En fait, on découvre au fur et à mesure que c’est un personnage à part entière de l’histoire. Elle palpite, elle gémie, elle est pleine de mystères et surtout de secrets …

On savait déjà que Dennis Lehane était un maître en la matière, pour nous dépeindre des ambiances noirs, pessimistes, claustrophobiques, et romantiques. Là, il nous prouve aussi qu’il est doué pour la mécanique, et l’horlogerie.

Shutter Island est comme une boule de neige, qui grossit au fur et à mesure, jusqu’à devenir incontrôlable pour celui qui la lance ou pour celui qui se trouve piégé par son ombre grandissante. Une course poursuite vers l’inconnu, jusqu’à l’essoufflement. D’ailleurs, il est assez étonnant de constater que l’auteur parvient à faire transférer cet engourdissement au lecteur. On se surprendra donc à lire la fin dans un état second, cotonneux, abasourdie par la simple vérité des faits.

On ne peut que conseiller d’autres livres du genre, comme Hématome de Maud Mayeras, l’Analyste de John Katzenbach, la Mémoire Fantôme de Franck Thilliez, et Thérapie de Sébastian Fitzek.

L’un des autres points commun, entre certains de ces romans, c’est la manière dont les auteurs vont conditionner le lecteur. Et faire de lui un personnage puisque il va devenir un patient, qui sera lui aussi immerger dans un mode et un univers qu’il va découvrir au fur et à mesure.

Il devra démêler le vrai du faux. Il devra croiser les yeux de gens qui mentent, remarquer les traces de cirages sur ses doigts, remarquer un objet déplacé. Et quand l’on conditionne quelqu’un, on touche à sa conscience. On joue avec les limites de la réalité et de la perception qu’on lui impose.

A quel point le conditionnement est-il à l’origine de notre conscience de ce qui nous entoure ? Un autre point commun entre un patient et un lecteur, c’est ce sentiment d’oppression, d’enfermement face aux questions qui restent sans réponse et face aux nouveaux mystères qui viennent épaissir un peu plus la vision périphérique du personnage. Jusqu’au moment où une brèche naît au milieu de ce brouillard …

P211, Cawley : « - Je l’aimais comme on aime … Non, en fait, il n’existe rien de comparable. Ce genre de sentiment n’a pas d’équivalent, n’est ce pas ? […] – C’est un don en soit. »

P225, Teddy : « Alors, il s’était penché un peu plus pour lui chuchoter des choses à l’oreille. […] C’était pur. Sans doute le sentiment le plus pur qu’il ait jamais éprouvé. […] C’était donc ça l’amour, avait-il songé. Un sentiment sans aucune logique – après tout, il la connaissait à peine. Mais un sentiment qui s’imposait de lui-même. Il venait de rencontrer la femme que, d’une certaine manière, il connaissait avant même d’être né. La somme de tous ses rêves qu’il n’avait jamais osé caresser. »

Le cœur du roman, son essence au final, c’est l’amour. C’est ce qui est à l’origine de tout le processus qui mène aux dernières pages, au moment où l’on se retrouve devant le rideau pour découvrir la vérité. C’est ce sentiment qui contribue à nous mettre, lecteur, dans cet état cotonneux et étourdi, jusqu’à la dernière page.

Dr Funkenstein
04/02/2009, 22h15
Très jolie façon de résumer le bouquin, Fred. Tu me convaincs de donner une seconde chance au bouquin.


(et je viens d'entamer Un Pays à l'Aube. Je viens juste de terminer la partie de baseball qui ouvre le roman; je viendrais en retoucher un mot ou deux)

Frédéric
04/02/2009, 22h26
J'ai eu du mal à aborder certaines choses sans déflorer quoique ce soit. C'est donc important pour moi d'avoir des retours des gens qui ont déjà lu le livre. Merci à toi en tout cas ;)

Dr Funkenstein
16/02/2009, 13h37
http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782743619367.jpg


Je l'ai terminé voilà bien une semaine. Sans préambule, et après avoir digéré tout ça, Un Pays à l'Aube est un chef d'oeuvre, peut être même LE chef d'oeuvre de Lehane, en tout cas clairement le livre qui marque un tournant dans la carrière : Lehane n'est plus seulement un grand auteur de polars, c'est un grand auteur tout court.

Comme dans les meilleures pages de Ténèbres, prenez moi la Main ou Gone, Baby Gone; Un Pays à l'Aube, c'est l'humanité mise à nue dans tous ses paradoxes. l'exploration du Mal en moins. Le récit s'attache à décrire les premières heures du syndicalisme dans l'Amérique d'après la Première Guerre; la guerre est bientôt finie, les boys vont rentrer et entendent bien récupérer leur travail quand ils rentreront. Dans quel contexte ? Chômage, inflation, endettement ? Quoi d'étonnant dans ce cas, que les groupes anarchistes et bolchéviques choisissent ce moment pour faire entendre leurs revendications et menacer de raser ce que ce pays a difficilement construit.


Bon, je vous fais pas tout le roman, mais le contexte du bouquin est là. Un Pays à l'Aube est un roman social, ou il est question de survie et de dignité dans un pays qui déjà à l'époque, écrase ceux qui ne vont pas dans le sens de l'intérêt du pays et qu'on qualifie vite de rouges et d'anarchistes. Il est drôle de constater à quel point certaines choses ne changent pas. Il y a un dialogue qui renvoie carrément aux théories de Naomi Klein sur le Capitalisme du Désastre, ou comment exploiter les désastres, naturels ou non, pour faire passer des politiques servant l'intérêt de l'Etat avant celui du citoyen.

(Avertissement à nos amis lecteurs de droite : ce roman n'est peut être pas forcément pour vous. :D )

Ca c'est pour le fond, voyons la forme. L'action du roman se passe à Boston comme à chaque fois chez Lehane (exception faite de Shutter Island); Boston au début du siècle, c'est une jungle. Ca sent la terre, le sang, la sueur, la...mélasse (je vous laisse découvrir pourquoi ;) ). Lehane a toujours été doué pour faire exister un lieu, un personnage, de quelques phrases bien choisies. Ouvrez Un Pays à l'Aube, et vous êtes transportés à Boston, une ville dangereuse mais vibrante. C'est dans ce cadre que se débattent les personnages principaux de Danny Coughlin, jeune flic prometteur et Luther, ouvrier noir, dont les chemins se croisent sur fond d'explosion(s) sociale(s).

Bon je parle, je parle. L'Amérique n'a pas beaucoup changé en 90 ans, c'est ce que Lehane cherche à nous montrer. Sans lourdeur, sans pathos, il livre un roman franchement haletant, passionnant (j'ai bien dû en lire 500 pages en une journée entière), implacable (on se doute de l'issue du livre sans pouvoir s'y résigner une seconde. Pas de happy end chez Lehane) avec son propre éclairage sur la société dont il est un des citoyens et le chemin parcouru en un siècle.



Et le constat est amer.

barney stinson
16/02/2009, 14h23
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(Avertissement à nos amis lecteurs de droite : ce roman n'est peut être pas forcément pour vous. :D )



en meme temps si ça pouvait les aider à comprendre quelque chose! :D


sinon je m'y met le week-end prochain et ça s'annonce fort!

Dr Funkenstein
16/02/2009, 15h05
C'est même surpuissant.

artemus dada
17/02/2009, 14h44
..

Samedi prochain Dennis Lehane est l'invité de l'émission Mauvais Genres, le samedi soir, qu'on se le dise.

....

barney stinson
19/02/2009, 20h27
j'ai chopé Ténèbres, prenez moi la main à 1€ sur ebay! un des 2 derniers qui me manquait!

spider-tof
19/02/2009, 21h46
1 € pour cette pépite, c'est carrément honteux !...



...mais tu aurais eu tort de t'en priver !!! Tu vas te régaler.

barney stinson
19/02/2009, 22h20
j'avais presque honte en payant! :D
pour un peu,je lui aurais filé 1 ou 2€ de+! :D

PIMboula
26/05/2009, 17h14
Ouais ben moi j'ai payé le bouquin bien plus cher que ça, mais je n'en regrette pas un centime ! Cette histoire est sale et honteuse comme une vieille capote. Les événements se précipitent jusqu'à la fin, vraiment haletante (et peut-être un brin facile d'ailleurs).

Le plus frappant ? Kenzie le sarcastique, celui que rien ne semble atteindre et qui tourne tout en dérision, eh bien Kenzie finit par la boucler, vidé, à court de répartie, plus d'énergie pour ricaner.

J'ai à peu près tout fait dans le désordre, avec Lehane : découvert avec Gone baby, gone (le film), enchaîné avec Un dernier verre, puis Sacré et à présent Tènèbres. De loin le meilleur des trois que j'ai lus, il faut que je me plonge dans Gone à présent.

Avant de visiter les histoires sans Kenzie-Gennaro, ce que j'ai lu sur Un pays m'a bien motivé en tout cas.

Kamil P
26/05/2009, 17h29
Si vous aimez Lehane, je vous recommande un auteur un peu dans le même genre : John Connolly.
Surtout "La proie des ombres".
Un seul bouquin me semble raté : "L'ange noir"
Le reste est très bien