Nikolavitch
13/09/2005, 01h00
http://img.photobucket.com/albums/v239/Nikolavitch/brusli.jpgLe kung fu fait l'objet d'une mode cyclique en occident depuis les années 70. On se rappelle du choc que représenta jadis le phénomène Bruce Lee, qui fit les beaux jours de salles de ciné un peu alternatives comme le Brady. Curieusement, par chez nous et à l'époque, on disait plutôt "films de karaté" (en tout cas, ces productions étaient rangées, à l'époque, dans la case "Western, Aventure, Karaté" de la page ciné du Journal du Dimanche, mon premier contact de bambin avec la presse informative, parce que mon papa l'achetait toutes les semaines et le laissait traîner dans le salon quand il faisait sa sieste dominicale, mais je digresse, comme dirait l'autre). Toujours est-il que, comme d'habitude, les comics ne tardèrent pas à s'emparer de la mode, ce qui donna des bouquins comme Shang-Chi, Master of Kung Fu, ou Iron Fist, voire Richard Dragon.
http://img.photobucket.com/albums/v239/Nikolavitch/mokf.jpg
La mode finit par retomber (Jacky Chan n'atteignit le grand public non hongkongais que des années plus tard), mais les années 80 redécouvrirent les comics d'arts martiaux par le biais des ninjas, qui commencèrent à grouiller comme de la vermine, au cinéma bis comme dans les pages de Daredevil ou de TMNT. Chez les indés, Badger tint longtemps le haut du pavé, pratiquant une version très personnelle d'un karaté ésotérique appelé Shorin Ryu. Plus proche de nous, au ciné, Carpenter rendit un bel hommage aux films de kung fu à l'ancienne dans Jack Burton, mais c'est Matrix qui acheva de remettre ce vénérable art martial chinois au goût du jour (notons que Keanu Reeves, malgré tout son entraînement, n'arrive pas en la matière à la cheville de Christian Bale, qui bouge quand même vachement mieux, il n'y a qu'à le voir dans Equilibrium). Kill Bill rend un vibrant hommage aux histoires de sabre japonais, tout en n'hésitant pas à recourir au vieux maître chinois arrogant et désagréable qui soumet ses élèves à un entraînement confinant au masochisme pur et dur, et en ressortant de la naphtaline David Carradine, héros d'une série télé marquante consacrée aux Chinois qui cassent des planches à coup de latte. Dans les comics, ces versions modernisées se retrouvent dans Birds of Prey, ou dans les réapparitions cycliques d'Iron Fist et sa galerie de copines. Richard Dragon, quand à lui, a continué longtemps à traîner ses bottes dans l'univers DC, servant de maître à pas mal de personnages connaissant des passages à vides éthiques ou physiques, comme Oracle ou the Question.
http://img.photobucket.com/albums/v239/Nikolavitch/rdragon.jpg
Arts du mouvement, les arts martiaux se prêtent magnifiquement à la transposition sur grand écran. Dans les comics, tout dépend de la capacité du dessinateur à les mettre en scène de façon à la fois réaliste et efficace visuellement. Trop souvent, on voit d'improbables coups qui feraient surtout mal à ceux qui les portent, ou des postures plus ridicules que terrifiantes. Mais sous le crayon d'un pratiquant, ça peut avoir une folle allure, et un grand dynamisme.
http://img.photobucket.com/albums/v239/Nikolavitch/DeadlyHands.jpg
En termes scénaristique, le kung fu présente aussi des aspects forts intéressants. D'abord parce qu'outre une certaine violence, les arts martiaux véhiculent une éthique. Qu'un personnage soit du côté des bons ou pas, s'il est initié, il conservera toujours un certain sens de l'honneur. La filiation spirituelle et la notion d'école sont aussi des ficelles qui permettent de construire une série : chaque combattant a un ou plusieurs maîtres, et des condisciples, dont certains peuvent mal tourner (notons que cet aspect se retrouve aussi dans des séries plus mystiques comme Doctor Strange, qui baigne aussi assez souvent dans une ambiance fleurant bon l'Orient mystérieux). Les pratiquants des arts martiaux deviennent alors une sorte de confrérie avec ses règles et ses codes, que même les plus mauvais n'enfreignent pas à la légère, ainsi qu'un respect mutuel, même entre ennemis mortels, qui ajoute à la dramatisation des intrigues. (bon, Badger est un cas particulier, de ce point de vue, mais un cas particulier jouissif. Le héros est tellement taré que les arts martiaux, dans sa série, sont avant tout un prétexte à gros poings sur la gueule).
http://img.photobucket.com/albums/v239/Nikolavitch/badger.jpg
Même dans une série comme Daredevil, pourtant pas centrée sur cet aspect kung fu, l'introduction de la thématique (par Frank Miller, pour ne pas le nommer, qui doit répondre aussi de l'invasion persistante des ninjas dans nos opuscules préférés) permit d'approfondir le passé du personnage, et de l'insérer dans quelque chose de plus vase que ses habituelles histoires de malfrats. Son ennemi numéro 1, le Kingpin, se découvrant d'ailleurs vers la même époque un besoin de se mesurer à des hordes de karatékas, parce que pour se maintenir en forme, c'est quand même plus cool que le jogging. La question qui se pose, ceci dit, c'est quel art martial fut enseigné à Daredevil, sachant que la confrérie de Stick a des aspects assez Chinois, mais qu'elle est liée de près, ne serait-ce que par l'antagonisme, à un ordre ninja typiquement japonais.
Qui plus est, l'approche des arts martiaux a souvent valeur initiatique, et les comics ne se génant pas pour en rajouter en y injectant des aspects proprement ésotériques (un ésotérisme qui se limite souvent, il faut bien le dire, à des formules de bazar, mais quand même). Un personnage qui a subi un entraînement très dur et très prenant a accès à des disciplines aussi bien physiques que mentales, qui le mettent à l'écart du commun des mortels, que ce soit dans ses préoccupations ou dans sa façon de gérer les crises. Et là encore, on se rapproche du Doctor Strange.
Alors, les comics de kung fu, effet de mode, démarquage en un peu plus punchy des comics de vieux sorciers, ou leçon d'éthique ? Ou bien tout ça à la fois ?
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La mode finit par retomber (Jacky Chan n'atteignit le grand public non hongkongais que des années plus tard), mais les années 80 redécouvrirent les comics d'arts martiaux par le biais des ninjas, qui commencèrent à grouiller comme de la vermine, au cinéma bis comme dans les pages de Daredevil ou de TMNT. Chez les indés, Badger tint longtemps le haut du pavé, pratiquant une version très personnelle d'un karaté ésotérique appelé Shorin Ryu. Plus proche de nous, au ciné, Carpenter rendit un bel hommage aux films de kung fu à l'ancienne dans Jack Burton, mais c'est Matrix qui acheva de remettre ce vénérable art martial chinois au goût du jour (notons que Keanu Reeves, malgré tout son entraînement, n'arrive pas en la matière à la cheville de Christian Bale, qui bouge quand même vachement mieux, il n'y a qu'à le voir dans Equilibrium). Kill Bill rend un vibrant hommage aux histoires de sabre japonais, tout en n'hésitant pas à recourir au vieux maître chinois arrogant et désagréable qui soumet ses élèves à un entraînement confinant au masochisme pur et dur, et en ressortant de la naphtaline David Carradine, héros d'une série télé marquante consacrée aux Chinois qui cassent des planches à coup de latte. Dans les comics, ces versions modernisées se retrouvent dans Birds of Prey, ou dans les réapparitions cycliques d'Iron Fist et sa galerie de copines. Richard Dragon, quand à lui, a continué longtemps à traîner ses bottes dans l'univers DC, servant de maître à pas mal de personnages connaissant des passages à vides éthiques ou physiques, comme Oracle ou the Question.
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Arts du mouvement, les arts martiaux se prêtent magnifiquement à la transposition sur grand écran. Dans les comics, tout dépend de la capacité du dessinateur à les mettre en scène de façon à la fois réaliste et efficace visuellement. Trop souvent, on voit d'improbables coups qui feraient surtout mal à ceux qui les portent, ou des postures plus ridicules que terrifiantes. Mais sous le crayon d'un pratiquant, ça peut avoir une folle allure, et un grand dynamisme.
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En termes scénaristique, le kung fu présente aussi des aspects forts intéressants. D'abord parce qu'outre une certaine violence, les arts martiaux véhiculent une éthique. Qu'un personnage soit du côté des bons ou pas, s'il est initié, il conservera toujours un certain sens de l'honneur. La filiation spirituelle et la notion d'école sont aussi des ficelles qui permettent de construire une série : chaque combattant a un ou plusieurs maîtres, et des condisciples, dont certains peuvent mal tourner (notons que cet aspect se retrouve aussi dans des séries plus mystiques comme Doctor Strange, qui baigne aussi assez souvent dans une ambiance fleurant bon l'Orient mystérieux). Les pratiquants des arts martiaux deviennent alors une sorte de confrérie avec ses règles et ses codes, que même les plus mauvais n'enfreignent pas à la légère, ainsi qu'un respect mutuel, même entre ennemis mortels, qui ajoute à la dramatisation des intrigues. (bon, Badger est un cas particulier, de ce point de vue, mais un cas particulier jouissif. Le héros est tellement taré que les arts martiaux, dans sa série, sont avant tout un prétexte à gros poings sur la gueule).
http://img.photobucket.com/albums/v239/Nikolavitch/badger.jpg
Même dans une série comme Daredevil, pourtant pas centrée sur cet aspect kung fu, l'introduction de la thématique (par Frank Miller, pour ne pas le nommer, qui doit répondre aussi de l'invasion persistante des ninjas dans nos opuscules préférés) permit d'approfondir le passé du personnage, et de l'insérer dans quelque chose de plus vase que ses habituelles histoires de malfrats. Son ennemi numéro 1, le Kingpin, se découvrant d'ailleurs vers la même époque un besoin de se mesurer à des hordes de karatékas, parce que pour se maintenir en forme, c'est quand même plus cool que le jogging. La question qui se pose, ceci dit, c'est quel art martial fut enseigné à Daredevil, sachant que la confrérie de Stick a des aspects assez Chinois, mais qu'elle est liée de près, ne serait-ce que par l'antagonisme, à un ordre ninja typiquement japonais.
Qui plus est, l'approche des arts martiaux a souvent valeur initiatique, et les comics ne se génant pas pour en rajouter en y injectant des aspects proprement ésotériques (un ésotérisme qui se limite souvent, il faut bien le dire, à des formules de bazar, mais quand même). Un personnage qui a subi un entraînement très dur et très prenant a accès à des disciplines aussi bien physiques que mentales, qui le mettent à l'écart du commun des mortels, que ce soit dans ses préoccupations ou dans sa façon de gérer les crises. Et là encore, on se rapproche du Doctor Strange.
Alors, les comics de kung fu, effet de mode, démarquage en un peu plus punchy des comics de vieux sorciers, ou leçon d'éthique ? Ou bien tout ça à la fois ?