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Voir la version complËte : NWJ 21/06/05 : Emballement médiatique, emballage démagogique


Nikolavitch
20/06/2005, 22h49
http://www.superpouvoir.com/logos/nwj_logo.jpgL'affaire Li Li, la Chinoise arrêtée pour espionnage industriel, a fait couler beaucoup d'encre et a fait parler beaucoup de monde. La jeune fille, étudiante à l'UTC de Compiègne, était en stage dans les locaux de Valeo à Guyancourt, et a été attrapée avec plein de données sensibles sur ses disques durs. La cause était entendue : en pleine controverse sur les importations chinoises, il était clair que le Péril Jaune était à nos portes, qu'ils venaient nous prendre notre argent, nous voler nos secrets industriels, et égorger dans nos bras jusqu'à nos filles et nos compagnes.

Je me suis intéressé personnellement à l'affaire. Il se trouve que j'ai quelques amis à l'UTC de Compiègne, et que je connais un peu Guyancourt, pour y avoir jadis fait de la radio dans une station locale. Bref, des éléments totalement fortuits, mais qui ont vaguement piqué ma curiosité, me poussant à approfondir un tantinet toute l'histoire. Et puis je m'intéresse à l'espionnage, et pouvoir suivre en live une telle affaire m'amusait.

Reprenons. Dès le départ, les médias ont brossé de la demoiselle un portrait propre à tétaniser le spectateur non averti. La jeune fille était brillante, polyglotte, super pointue en informatique, et n'était qu'une parmi les centaines d'étudiants venus de Chine qui effectuaient des stages dans les fleurons de notre industrie technologique. Sous-entendu : ils sont parmi nous, ils sont nombreux, ils ont commencé depuis longtemps leur travail délétère. On en profitait pour montrer du doigt une association étudiante basée en Belgique censée piloter des espions dans toute l'Europe.

J'en profitai pour découvrir que Valeo était une société à la pointe du progrès, équipant d'électronique tout plein de voitures. Pour moi, ce nom n'évoquait guère jusqu'alors que des maillots de coureurs cyclistes et des boîtes en carton crasseux contenant des pièces détachées de freins, aperçues jadis sur l'établi de feu mon grand-père maternel. Eh bien il semblerait qu'il y ait eu des secrets à voler chez Valeo. D'où descente de police, et saisie de tout le matériel informatique de la jeune chinoise, dûment placée en détention par nos vaillantes forces de l'ordre.

Mais la mariée était trop belle. L'espionne trop cliché (belle, intelligente, etc...) et attrapée trop facilement, sous prétexte qu'elle restait après l'heure au bureau, ce qui avait mis la puce à l'oreille de ses collègues, qu'on imagine du coup les yeux rivés sur l'horloge pour ne pas risquer de faire d'heures supplémentaires. Pris d'un doute, je contactai un élève de l'UTC dont j'avais le mail, pour lui demander son avis sur toute l'affaire. L'UTC était en fait en état de siège. Tous les journalistes de France et de Navarre cherchaient à faire le forcing, à récupérer les e-mails de profs et d'élèves pour les faire parler, au point que la direction de l'école avait fait bloquer l'accès à la plupart des sites internes évoquant la vie de l'établissement et de ses élèves. Jusqu'aux derniers des apprentis journalistes qui tentaient de faire cracher le morceau à des élèves, dans l'idée de récupérer qui une photo inédite, qui un bout d'info pas encore vu, etc...

Des infos, du coup, j'en ai eu un paquet de bien croquignolettes. La jeune fille était une élève tout juste passable, qui parlait le Chinois, un peu l'Anglais, un peu le Français. Aussi polyglotte que moi, donc. Si elle pouvait paraître pointue en informatique, c'était fort probablement parce que c'était ce qu'elle apprenait à l'UTC (intéressant de voir à quel point n'importe qui qui sait se servir correctement d'un ordinateur peut passer pour pointu auprès des gens "normaux". ça en dit long sur le niveau de ses collègues chez Valeo, pourtant censée être une entreprise de pointe en technologie, mais passons). On était loin du portrait de méchante sortie tout droit d'un James Bond que nous livraient les médias, se recyclant les uns les autres sans prendre le temps de vérifier quoi que ce soit. Il fallut près de quinze jours pour qu'on puisse obtenir de timides rectificatifs (mais rendons hommage aux journalistes d'Arrêt sur Image, qui ont bien mis les pieds dans le plat, même si c'était tardivement).

La jeune fille a été libérée hier, après près de deux mois de détention. Aucune preuve décisive de son implication dans une quelconque tentative d'espionnage n'a semble-t-il été fournie.

À ce stade, la police garde toujours sous le coude ses ordinateurs, dont l'analyse n'est toujours pas terminée. De deux choses l'une, soit les flics sont vraiment des bras cassés (faut pas deux mois pour faire le bilan du contenu de quelques disques durs, fussent-ils en chinois), soit les disques sont cryptés à mort (auquel cas ça aurait valeur de présomption forte et même plus, vu les lois françaises sur le cryptage), mais rien ne semble pointer vers cette seconde hypothèse.

À ce jour, j'ignore si Li Li est ou pas une espionne. Dans le cas qui nous occupe, ça n'a aucune espèce d'importance, de toute façon. L'espionnage industriel existe, bien sûr. On a eu en France beaucoup d'affaires très sérieuses impliquant des Japonais, des Russes, voire des Américains. Deux mois de détention pour d'éventuelles fuites sur des systèmes de freinage de bagnoles, ça me semble lourd. J'aurais pu le comprendre si les fuites concernaient des industries sensibles, de type Défense, par exemple. Et généralement, quand nos industries militaires sont vérolées, on en parle beaucoup moins, ça se gère en interne. Sur des histoires de pure industrie civile, en général, on en parle quand on a des preuves, et que le Ministère des Affaires Etrangères se fend d'une protestation en bonne et due forme auprès de l'ambassadeur du pays concerné.

Tout se passe comme si, au moment de la crise du textile, on avait voulu faire un exemple, comme si on avait voulu agiter un épouvantail devant les masses laborieuses, comme si on avait livré en pâture aux délocalisés de tous poils un bouc émissaire incapable de se défendre.

Jadis, c'étaient les Juifs qui étaient désignés à la vindicte populaire. Aujourd'hui, ce sont les Chinois. Demain, ce sera n'importe qui d'autre, en fonction de l'actualité du moment. Pour que les médias aient pu s'emparer d'une affaire de ce type, il a fallu que quelqu'un les tuyaute. Et ce quelqu'un, c'était forcément un politique, ou quelqu'un émargeant au Ministère de l'Intérieur (tiens, qui était le Ministre de l'Intérieur, à l'époque, au fait ?), premier concerné. Ce sont des procédés à vomir, impliquant la violation du secret de l'instruction et la négation de la présomption d'innocence, des procédés qui contreviennent à ces Droits de l'Homme que la France n'est pas la dernière, pourtant, à agiter sous le nez de la Chine.

vinzc
21/06/2005, 08h59
Putain, j'hallucine!! j'ai rien suivi de l'histoire mais ce que tu me contes est revoltant!! Surtout que les asiatiques n'ont rien a envier à l'occidant, surtout question automobile!!

Nikolavitch
21/06/2005, 09h05
Putain, j'hallucine!! j'ai rien suivi de l'histoire mais ce que tu me contes est revoltant!! Surtout que les asiatiques n'ont rien a envier à l'occidant, surtout question automobile!!

en tant qu'affaire d'espionnage, c'est crédible (quoique pas prouvé).

infiltrer un stagiaire qui repique des fichiers, c'est tout con et très efficace.

c'est le minutage du traitement médiatique qui est franchement dégueu. ça fait vraiment mayonnaise montrant que les Chinois sont nos ennemis (et de façon subliminale que seule le Oui à la Constitution permettait de les contrer, ce qui de toute façon n'était pas vrai).

Je peux t'assurer que tous les gens qui connaissaient Li Li sont verts et ont de sérieux doutes quand à sa culpabilité.

Pour info, après deux mois de détention provisoire (qui rime à quoi ? lui interdire l'accès à l'entreprise et à ses ordinateurs aurait été suffisant à l'empêcher de récidiver, dans le cas où elle aurait été coupable), elle est libren mais toujours sous contrôle judiciaire.

Jeanseb
21/06/2005, 09h41
je serai curieux de voir quelle forme d'excuse elle va recevoir au cas où il s'avère qu'elle est innocente.

Fei
21/06/2005, 22h51
http://www.superpouvoir.com/logos/nwj_logo.jpgL'affaire soit les disques sont cryptés à mort (auquel cas ça aurait valeur de présomption forte et même plus, vu les lois françaises sur le cryptage), mais rien ne semble pointer vers cette seconde hypothèse.


Bof, je sais plus a combien est la limite francaise en cryptage, ptet a 128 bits, mais bon la plupart des logiciels de cryptage, meme gratos, utilisent bien plus que ca. PGP crypte sur 1024 bits, par exemple, et est tres utilisé. Bon si tous ses DD sont cryptés la ca fait ptet un louche, ouais.

Mais l histoire a vite senti le faux scoop, elle a été oubliée aussi vite qu elle a eclaté...

Et pour ce qui est des excuses eventuelles, ce sera plutot "allez casse toi, et sois contente qu on te ramene pas a la frontiere apres t avoir fait un proces pour nous avoir fait perdre notre temps"...

ricardo Anton
24/06/2005, 13h43
C'est vraiment hallucinant cette histoire alex. pour les excuses, ce serait reconnaitre qu'ils se sont trompés.

cubik
24/06/2005, 14h14
tiens, j'etais po au courant de cette histoire
mais bon, quand j'ecoute mes collegues me parler des frasques actuelles de notre cher ministre d'etat, qui fleurent bon le maigret, la boutin et le walker, ca ne m'etonne po franchement plus que ca