patrick
19/04/2004, 22h24
Les Yeux à vifs
Adrian Tomine
Delcourt (contrebande)
http://img13.photobucket.com/albums/v37/ppatriks/image%20divers/yeuxavifv_07042002.jpg
Je ne sais pourquoi mais je restais très distant des écrits de Tomine, sa "parenté" avec le style de D. Clowes m’apparaissait un peu trop grande. En tombant sur ce petit album (de format, sinon, 70 pages quand même), paru chez Delcourt en 1998, dans les bacs d’occasions, je me suis laissé tenter, histoire de faire définitivement pencher mes préjugés dans l’autre sens. Il s’agit donc d’une suite de sketches indépendants les uns des autres. Ce recueil compte donc 12 petites histoires en noir et blanc.
Le rythme des histoires est très irrégulier. Certaines ne font qu’une planche et d’autres, une quinzaine. Le point commun entre toutes est l’obsession humaine. L’obsession dans le quotidien. On pourrait parler d’habitudes ou de mentalités. Pourtant il me semble que le terme "obsession" résume au mieux ces moments que Tomine nous fait partager. C’est avec un œil très aiguisé, tout au long de ces 12 nouvelles, que Tomine décortique littéralement ses personnages tous ayant en commun de ne pouvoir apaiser leur penchants et d’y céder.
Avec beaucoup d'humour il décrit ce couple stimulant sa libido en matant le voisin (Echo Ave), dans une autre histoire, très froidement, il s'attache en 2 pages à faire ressortir le sordide de la vie de cette fille dont le mec l'oblige à jouer la pute au téléphone (Tarif de nuit), plus loin, deux pages également, c'est l'histoire de ce mec innocent qui pète un cable contre un automobiliste et qui finit par terre en sang trop lâche pour se battre. Pour Job d'Eté il fait preuve d'un cynisme radical en décrivant Eric, étudiant, qui va complètement parasiter son job d'été, quant à l'avant dernière histoire (Dylan et Donovan), elle permettra à bien des amateurs de bd de se reconnaitre, bien que le point de vue soit féminin. Bref entre vécu et pris sur le vif, c'est un jonglage permanent très acerbe.
L’utilisation quasi constante d’une voix off, est pour le moins intéressante dans ce processus de loupe, mais ce que j’en retiens, c’est cette idée selon laquelle on n’existe vraiment que dans les yeux de l’autre qui trouve un parfait écho dans ce travail de Tomine.
Sur le plan graphique, j’admet que, de fait, Tomine n’est pas si proche que ça de Clowes. Le trait est plus anguleux, plus précis dans le réalisme chez Tomine, alors que Clowes m’enchante justement par sa capacité à rendre réaliste les situations les plus impossibles, Tomine cherchant absolument le réalisme dans le détail sur le fond et sur la forme.
J’apprécie particulièrement le rythme de narration cherchant une extrême simplification, sans excès de styles, ce qui est assez difficile à faire en gardant constant l’intérêt général vis à vis du lecteur, pourtant aucun temps mort, certes le bémol c’est que les histoires sont courtes, pourtant je reste persuadé que l’alchimie qu’il réalise passerait l’épreuve de la longueur.
Voilà, en gros cet album m’a donc bien convaincu et même plus, je m’en vais donc relire Blonde Platine avec moins d’a priori et je recommande à chacun de se procurer Les Yeux à Vifs pour découvrir en douceur cet auteur.
En toute subjectivité,
Patrick!
http://img13.photobucket.com/albums/v37/ppatriks/image%20divers/yeuxavifpl.jpg
Adrian Tomine
Delcourt (contrebande)
http://img13.photobucket.com/albums/v37/ppatriks/image%20divers/yeuxavifv_07042002.jpg
Je ne sais pourquoi mais je restais très distant des écrits de Tomine, sa "parenté" avec le style de D. Clowes m’apparaissait un peu trop grande. En tombant sur ce petit album (de format, sinon, 70 pages quand même), paru chez Delcourt en 1998, dans les bacs d’occasions, je me suis laissé tenter, histoire de faire définitivement pencher mes préjugés dans l’autre sens. Il s’agit donc d’une suite de sketches indépendants les uns des autres. Ce recueil compte donc 12 petites histoires en noir et blanc.
Le rythme des histoires est très irrégulier. Certaines ne font qu’une planche et d’autres, une quinzaine. Le point commun entre toutes est l’obsession humaine. L’obsession dans le quotidien. On pourrait parler d’habitudes ou de mentalités. Pourtant il me semble que le terme "obsession" résume au mieux ces moments que Tomine nous fait partager. C’est avec un œil très aiguisé, tout au long de ces 12 nouvelles, que Tomine décortique littéralement ses personnages tous ayant en commun de ne pouvoir apaiser leur penchants et d’y céder.
Avec beaucoup d'humour il décrit ce couple stimulant sa libido en matant le voisin (Echo Ave), dans une autre histoire, très froidement, il s'attache en 2 pages à faire ressortir le sordide de la vie de cette fille dont le mec l'oblige à jouer la pute au téléphone (Tarif de nuit), plus loin, deux pages également, c'est l'histoire de ce mec innocent qui pète un cable contre un automobiliste et qui finit par terre en sang trop lâche pour se battre. Pour Job d'Eté il fait preuve d'un cynisme radical en décrivant Eric, étudiant, qui va complètement parasiter son job d'été, quant à l'avant dernière histoire (Dylan et Donovan), elle permettra à bien des amateurs de bd de se reconnaitre, bien que le point de vue soit féminin. Bref entre vécu et pris sur le vif, c'est un jonglage permanent très acerbe.
L’utilisation quasi constante d’une voix off, est pour le moins intéressante dans ce processus de loupe, mais ce que j’en retiens, c’est cette idée selon laquelle on n’existe vraiment que dans les yeux de l’autre qui trouve un parfait écho dans ce travail de Tomine.
Sur le plan graphique, j’admet que, de fait, Tomine n’est pas si proche que ça de Clowes. Le trait est plus anguleux, plus précis dans le réalisme chez Tomine, alors que Clowes m’enchante justement par sa capacité à rendre réaliste les situations les plus impossibles, Tomine cherchant absolument le réalisme dans le détail sur le fond et sur la forme.
J’apprécie particulièrement le rythme de narration cherchant une extrême simplification, sans excès de styles, ce qui est assez difficile à faire en gardant constant l’intérêt général vis à vis du lecteur, pourtant aucun temps mort, certes le bémol c’est que les histoires sont courtes, pourtant je reste persuadé que l’alchimie qu’il réalise passerait l’épreuve de la longueur.
Voilà, en gros cet album m’a donc bien convaincu et même plus, je m’en vais donc relire Blonde Platine avec moins d’a priori et je recommande à chacun de se procurer Les Yeux à Vifs pour découvrir en douceur cet auteur.
En toute subjectivité,
Patrick!
http://img13.photobucket.com/albums/v37/ppatriks/image%20divers/yeuxavifpl.jpg